| jeudi 8 novembre 2007 |
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M. INOUSSA SAOUNA, PRÉSIDENT DE SOS TABAGISME/NIGER. «A plus de 22%, le tabac est à l’origine du cancer…»
Le Républicain : Une rencontre des organisations antitabac et des partenaires s’est tenue récemment à Ouagadougou. Que peut-on retenir, au sortir de cette rencontre, en terme de plus value pour le succès de la lutte antitabac dans les pays francophones?
Inoussa Saouna : L’Observatoire du Tabac en Afrique Francophone (OTAF) dont le siège est à Niamey, au Niger, a organisé du 22 au 24 octobre dernier un séminaire de sensibilisation des ONG an-titabac et des partenaires au dévelop-pement. L’idée de cette rencontre est partie d’une réflexion faite au niveau de l’OTAF sur le manque d’engagement d’ONG et associations humanitaires mais également des bailleurs de fonds bilaté-raux et multilatéraux dans le soutien à la lutte contre le tabagisme. Comme vous le savez, le tabac cause chaque année 5 millions de morts dans le monde, de loin devant le SIDA et les autres pandémies. Et mieux avec la grande mobilisation contre le tabac dans les pays du Nord, l’industrie du tabac a tourné son arsenal vers les pays pauvres dont l’Afrique. Si rien n’est fait, plus de 700 millions d’africains mourront à cause du tabac pendant ce siècle. C’est pourquoi, pour l’OTAF, il faut mobiliser les ONG mais aussi et surtout les partenaires traditionnels de nos gouvernements pour faire face à la croissance ex-ponentielle du tabagisme dans nos pays notamment chez les jeunes. Pendant trois jours, nous avons eu droit à plusieurs présentations et ateliers dans le but de mieux faire comprendre la question aux participants.
En terme de résultats, cette rencontre a été une grande réussite au regard du niveau élevé des débats et des recommandations et résolutions qui en sont issues. Entre autres recommandations on peut citer la nécessité d’une étude sur le tabac et la pauvreté en Afrique, de recherches sur les documents internes de l’industrie du tabac et l’élabora-tion d’un guide à l’usage des médias destinées aux ONG et associations africaines.
Vous venez de le rappeler, l’industrie du tabac s’est tournée vers l’Afrique pour recruter des nouveaux fumeurs avec la rigueur des législations en Occident. Quel message avez-vous à ce niveau?
Aujourd’hui, l’Afrique est la cible principale de l’industrie du tabac. Chaque jour, en Europe ou en Amérique, les gouvernements adoptent des mesures de plus en plus rigoureuses pour stopper les actions des compagnies du tabac et réduire ainsi la consommation du tabac par leurs populations. Or cette industrie n’est pas prête à abandonner ses avantages. C’est pourquoi, elle se tourne vers des pays où le terrain est vierge, où les pouvoirs publics n’en font pas une priorité dans leur programme sanitaire, et enfin des pays où les populations sont ignorantes des méfaits du tabac. Les pays en première ligne ce sont les pays africains. Pour nous il faut que les auto-rités prennent conscience de cette situation et de passer au-delà des discours pour s’engager dans un véritable combat contre le tabac. Pour le Niger, nous saluons l’engagement du président de la République dans la lutte contre le cancer. A plus de 22%, le tabac est à l’origine du cancer. Donc pour combattre le cancer, il faut d’abord identifier les causes; c’est le cas en France où le prési-dent Chirac a déclaré la guerre au tabac pour mieux combattre le cancer.
La loi antitabac adoptée depuis un an au Niger n’est toujours pas en application. Pourtant notre pays a été cité en exemple pour avoir été l’un des premiers à disposer d’une telle loi. Qu’est ce qui a lieu de faire?
L’Assemblée nationale du Niger a adopté, depuis le 31 mars 2006, la loi antitabac. SOS Tabagisme Niger, très active durant plusieurs années pour que le Niger se dote d’un arsenal juridique nécessaire à une lutte efficace contre le tabagisme, s’est félicitée de l’entrée en vigueur de la loi nationale contre le tabac à travers sa promulgation par le président de la République et sa publication au journal officiel. Mais, hélas, à ce jour aucun article de cette loi n’est en application. Les compagnies du tabac, fidèles à leur tradition sillonnent nos villes et campagnes pour mener une publicité agressive en direction des enfants qui constituent leur cible privilé-giée pour la prospérité de leurs affaires. Les travailleurs sont toujours expo-sés au tabagisme passif dans les bureaux et les lieux publics. Les enfants continuent d’être enfumés de façon innocente dans les écoles et les moyens de transports publics. Les cigarettes continuent d’être vendues partout de façon anarchique particulièrement dans les écoles et même les hôpitaux. Pour nous, c’est une aberration. Il faut se féliciter de ce que des députés sont engagés dans ce combat. Ainsi, le président du Réseau des députés antitabac, à la demande de SOS Tabagisme/Niger, a interpellé le ministre de la Santé par rapport à l’application de cette loi. Nous attendons vivement la réponse du ministre en plénière de l’Assemblée nationale. Nous appelons ici tous les députés à soutenir la démar-che du député Yérima Bako. D’autre part, nous avons constaté un regain d’in-térêt au niveau de certaines associations nationales souvent soutenues par des ONG internationales. Nous saluons toutes ces initiatives qui interviennent pour renforcer la lutte contre le tabac au Niger. Toutefois nous appelons à l’honnê-teté des partenaires car la lutte contre le tabac n’est pas comme les autres fléaux comme le SIDA, le paludisme… Pour le tabac, il y a des multinationales qui sont prêtes à utiliser n’importe quel manquement ou raté de notre part, et ainsi annihiler tous les acquis. Toute pré-cipitation pour appâter des bailleurs de fonds ou justifier des bilans ne peut que nuire à la lutte. Il nous faut beaucoup de lucidité et de pragmatisme pour amener l’Etat à protéger les populations contre ce fléau mortel et véritable cause de pauvreté conformément à ses engagements internationaux (CCLAT) et à la loi nationale. Propos recueillis par Oumarou Keïta
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