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CRISE ALIMENTAIRE EN AFRIQUE SAHÉLO-SOUDANIENNE La solution passe par la fertilisation naturelle des sols
Comment mettre fin aux crises alimentaires à répétition en Afrique sahélo soudanienne en général et au Niger en particulier ? C'est à cette question qu'a tenté de répondre le Pr Marc Dufumier, spécialiste de l'Agriculture comparée, à travers une conférence-débat qu'il a animée au Centre culturel franco-nigérien, le 19 avril dernier. Le meilleur moyen d'atteindre l'autosuffisance alimentaire est, selon lui, l'alliance entre l'eau et la redynamisation du couple agriculteurs/ éleveurs pour fertiliser les sols.
Pour cet exercice, le conférencier a d'abord rappelé les crises alimentaires auxquelles les populations nigériennes ont fait face durant les 40 dernières an-nées. Ainsi, a-t-il rappelé les sécheres-ses de 1973, 1984, 2005 et celle de 2011 ne citant que les plus meurtrières. La cause de toutes ces calamités, c'est qu'il n'avait pas eu assez de pluie. Donc l'eau reste le principal défi pour produire assez dans cette zone. Le changement climatique, le mal principal de ce siècle, demeure la cause principale de cette raréfaction de précipitations ou, par endroit, de leur surabondance, a-t-il expli-qué.
La conséquence de toutes ces cala-mités c'est que les paysans n'arrivent plus à produire pour leurs besoins alimentaires, les pasteurs n'arrivent plus à disposer de fourrages nécessaires à l'alimentation convenable du bétail. Alors que, paradoxalement, la misère continue de croitre avec une urbanisation galopante et l'occupation progressive des terres agricoles par les villes affolées par l'afflux massif des ruraux. Cette situation de rareté de ressources a pro-voqué, en Afrique, un exode massif des populations à la recherche de bien être vers les centres urbains créant de gigantesques bidonvilles qui ternissent l'image des grandes villes Africaines.
En plus, les techniques culturales restent précaires avec l'utilisation, dans les exploitations agricoles, d'instruments rudimentaires affectant la quantité de la production même à l'occasion d'une bonne pluviométrie. Le conférencier a, sur ce point, ébauché une comparaison entre les moyens de production en Afrique et en Europe mettant au jour l'énorme fossé qui sépare les deux ré-gions agricoles du monde. La mécani-sation de la production agricole en Europe et les fertilisants utilisés dans les exploitations agricoles mettent cette partie du monde à l'abri de la malnutrition et conséquemment à des années lumières de l'Afrique en matière d'autosuffisance alimentaire.
Malgré cette réussite qu'affiche l'Occident, le Pr Dufumier déconseille aux Africains d'emprunter la voie des pays riches sur l'utilisation des fertilisants chimiques. Car, selon lui, ils sont non seulement très chers mais sont aussi cause de dégradation de l'environnement. La voie pour l'Afrique et le Niger c'est d'abord la maitrise de l'eau et vient ensuite la mobilisation des intelligences locales : les agriculteurs et les éleveurs. Ces deux acteurs peuvent provoquer une véritable révolution alliant productivité et protection de l'environnement.
Collant à l'actualité du Niger, Marc Dufumier a souhaité que l'Initiative 3N, du chef de l'Etat dont l'objectif est d'assurer l'autosuffisance alimentaire, s'inscrive dans cette dynamique. La première et indispensable étape de ce processus serait la maitrise de l'eau.
Alors l'agriculture nigérienne ne dé-pendra plus exclusivement des précipi-tations saisonnières, mais puisera dans les eaux de surface et souterraine mises en valeur par des mains nigérien-nes. Mais le grand défi reste la mobilisation pour un changement de mentali-tés et des habitudes.
Hamadou Adamou
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