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"Pour qu'on ne puisse pas abuser du pouvoir, il faut que par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir"
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vendredi 18 mai 2012 - Republicain-Niger -

Mali : une 'démocratie' contre le peuple !

   La chute brutale de ATT a mis à nu les fondements pourris de la démo-cratie malienne tant chantée à l'extérieur. Les populations maliennes l'avaient compris il ya belle lurette. En témoignent les taux de participation qui dégringolaient d'élection en élection. De 1991 à nos jours, à peine 20% des Maliens participent régulièrement aux élections. Depuis deux décennies, nous avons l'un des taux de participation aux élections les plus bas en Afrique. Peut-on honnêtement dans ces conditions qualifier de légitime une 'démocratie' autant boudée par son propre peuple?

Le coup d'Etat du 22 mars 2012 a soulevé un concert de condamnations plus ou moins sincères. Certains l'ont condamné, parce qu'ils n'étaient pas objectivement informés des réalités maliennes, victimes naïfs de la propagande orchestrée par le régime et ses soutiens extérieurs. Parmi eux des dé-mocrates sincères qui, par conviction, n'ont jamais adhéré aux coups d'Etat militaires intervenus depuis la vague des indépendances africaines, coups d'Etat la plupart du temps inspirés et soutenus par les pays occidentaux et parmi eux surtout la France dans ses anciennes possessions coloniales. Depuis rien n'a fondamentalement changé sinon les méthodes devenues plus subtiles pour transformer des dictatures militaires en régimes 'démocratiques' par la magie du bulletin de vote lors d'élections visiblement tronquées mais validées avec le concours d'observateurs internationaux offrant complaisamment un certificat d'authenticité à un processus électoral auquel n'adhèrent point les populations directement concernées. Lors des der-nières élections au Mali, l'ancien Prési-dent de la cour constitutionnelle a eu à dire qu'il n'y avait jamais eu autant de fraudes et d'irrégularités! Pourtant les résultats électoraux obtinrent le label démocratique. Cependant les Maliennes et les Maliens n'ont jamais eu autant de mépris pour leurs dirigeants et leur classe politique. Aujourd'hui les langues commencent à se délier révélant toute la puanteur d'un système basé sur le mensonge et le pillage des ressources publiques par une minorité de brigands en uniforme et en col blanc.

Quoi de plus normal qu'on s'épou-mone alors contre le coup d'Etat. Suffit-il de condamner un coup d'Etat pour être un démocrate alors que sa pratique quotidienne du pouvoir et de la gestion des affaires publiques est un déni de démo-cratie ? Est-on réellement démocrate quand on est aux côtés des dictateurs 'démocratiquement' élus contre leur propre peuple ? Est-on réellement démo-crate quand, deux décennies durant, la pratique 'démocratique' du pouvoir a plongé les populations maliennes dans les affres de la misère, de l'injustice et de l'impunité. Est-ce démocratique que de l'étranger on vienne restaurer un ordre constitutionnel dont ne veut plus visiblement un peuple ? Est-il démocrati-que d'imposer la démocratie à coups d'intervention militaire et de menaces en tous genres ? De quelle démocratie s'agit-il ? Démocratie de la misère pour le plus grand nombre, démocratie des millionnaires et milliardaires pour une élite qui a tout volé et accaparé ?

Que dire aussi des régimes 'démo-cratiques' africains surtout dans l'espace francophone? Bien de putschistes d'hier sont devenus aujourd'hui des 'démocra-tes' légitimés par des coups d'Etat élec-toraux. Les dirigeants occidentaux s'en sont-ils offusqués ? Ils les reçoivent à leur table, trinquent avec eux en toute amitié. Ils continuent à coopérer, à soutenir des régimes dont les mains sont rougies du sang de leur peuple. Et curieusement l'on constate surtout dans l'espace francophone en Afrique que partout où gouvernent des régimes militaires déguisés en démocratie, point n'est besoin de bases militaires françai-ses. Ils font proprement le boulot qui leur est demandé. Par contre là où des civils sont au pouvoir, les baïonnettes françai-ses assurent leurs arrières. Si l'Afrique est malade des ses dictatures militaires 'démocratisées' et de sa classe politique apatride et rapace, elle l'est aussi et principalement de l'interventionnisme des occidentaux qui désignent en fait nos dirigeants à travers des processus élec-toraux arrangés à l'avance. C'est à juste raison que les peuples ont choisi jusqu'ici de leur tourner le dos. Mais cela suffit-il désormais ? Faut-il baisser les bras et s'en remettre à des coups d'Etat 'sauveurs' comme celui du 22 mars au Mali?

La guerre au nord Mali n'est point une surprise. Elle est la conséquence d'enjeux géopolitiques et géostratégiques autour du pétrole, du gaz, de l'uranium, de l'eau, du fer, du manganèse, du cuivre, du charbon, du thorium et autres métaux précieux, des trafics d'armes et de drogue et autres motifs inavoués et inavouables qui renflouent les caisses d'une Europe menacée par la faillite de l'euro et un monde balloté par la crise financière. Le MNLA, les djihadistes et autres acteurs, les régimes militaro-civils 'démocratiquement élus' ne sont que les bras armés des visées de certaines multinationales occidentales et de pétromonarchies du golfe arabique. Tous sont en réalité manipulés dans une guerre imposée à nos populations multiethniques qui ont vécu en intelligence des siècles durant. En témoigne le vieux projet français d'OCRS (Organisation Commune des Régions Sahariennes : une superficie environ 15 fois plus grande que la France) datant de la colonisation et toujours d'actualité dans certains milieux nostalgiques occidentaux.C'est la colonisation euro-péenne qui a divisé et jeté les unes contre les autres des populations que nos empires avaient su brasser pour construire des nations cosmopolites.

La rapidité de la victoire des rebelles touaregs ne saurait être simplement justifiée par la supériorité de leur armement fourni en partie par la France et le Qatar et livré via la Mauritanie, l'assistance tactique offerte par certains pays, l'audace et la bravoure de leurs troupes. Elle s'explique aussiet largement, par le travail de sape interne accompli au plus haut sommet de l'Etat par ATT et ses complices militaires et civils, traitres à leur propre patrie. Aujourd'hui bien de sombres histoires remontent jusque sur la place publique. Les jours prochains lèveront bien de voiles et sur bien de choses, sur les fortunes colossales et subites de bien de politiciens. Le peuple en sortira encore plus meurtri par tant de trahisons et de bassesses de la part de ses dirigeants aussi bien militaires que civils.

Face à cette guerre imposée, partout se lèvent des volontaires désireux de participer à la lutte de résistance patriotique pour recouvrer la dignité perdue et rétablir l'unité nationale et l'intégrité territoriale du pays. Ils ne veulent point d'intervention extérieure ni de forces d'interposition de la CEDEAO. Ils savent que derrière la rébellion et la CEDEAO, se cache la France et d'autres puissances. Pour eux, ceux qui prônent la né-gociation, rien que la négociation, sont les partisans de la partition de fait du pays. La chute de Gao et de Tombouctou a créé un état de choc violent dans la conscience des populations. Elle a remis au goût du jour le vieux projet colonial français de l'OCRS.

La brutalité et l'arrogance de la bande Sarkozy-Juppé et Compagnie, leur accompagnement tout aussi brutal et arrogant par la CEDEAO ont réveillé le nationalisme malien. Les Maliens savent aujourd'hui que la France de Sarkozy n'est point leur amie. Cependant ils ne font point l'amalgame entre le peuple français et ses dirigeants actuels. De nombreux français, des hommes politiques français de gauche, de nombreuses associations françaises té-moignent quotidiennement leur solida-rité avec le peuple malien.

Que dire aussi des pays africains, notamment ceux de la CEDEAO et surtout des voisins immédiats du Mali ?

Les Maliens comprennent difficilement l'attitude de l'Algérie. Gao et Tombouctou ont servi longtemps de base arrière à la lutte d'indépendance du peuple al-gérien. Son président actuel en sait personnellement quelque chose. Même si les voltes-faces et les trahisons multiples de ATT ont effarouché bon nombre de pays voisins, cela ne peut en aucun cas justifier l'indifférence voire la com-plicité algérienne de fait avec la rébel-lion touarègue.

L'enlèvement de ses diplomates à Gao pourrait être l'occasion d'un réexa-men de sa position. Face aux convoitises internationales, le salut du Mali passe par la construction d'un axe stratégique avec l'Algérie. Elle est et restera une alliée incontournable malgré les méfian-ces et déchirures actuelles. L'attitude de la Mauritanie n'a guère surpris non plus. Elle abrite l'une des représentations officielles de la rébellion.Tout le monde sait ce que doit l'actuel président mauritanien à la France de Sarkozy. La Mauritanie est devenue un des bras armés de la France dans la région. Ses expédi-tions guerrières successives en territoire malien avec parfois des massacres de populations civiles innocentes présen-tées à tort comme étant des terroristes, ont indigné de nombreux Maliens révol-tés par l'indifférence et la complicité de ATT et de ses généraux. De nombreux soldats du retour du front racontent abondamment les nombreux coups de poignard dans le dos portés par ATT et sa clique d'officiers supérieurs, leurs trahisons et forfaitures. Jamais un peuple n'a été autant trahi par ses dirigeants.

Quant à la Côte d'Ivoire de Alassane Ouattara, elle a soulevé une immense déception dans l'inconscient collectif des Maliens. Beaucoup d'entre eux ont laissé leur vie et leurs biens dans les affrontements mortels entre Ouattara et Gbagbo. Dans leur immense majorité, ils ont pris fait et cause pour Ouattara. Ils ont spon-tanément et volontairement porté assistance à leurs frères ivoiriens en diffi-culté. Ils ne comprennent et n'acceptent aucunement tant d'ingratitude de la part d'un homme qu'ils ont porté dans leur cœur. Comment comprendre son acharnement contre tout un peuple qu'on a voulu punir pour un seul individu, pour ATT, pour un homme qui a trahi son pays ? Les sanctions décidées par le CEDEAO ont brisé leur foi dans la solidarité africaine. Le panafricanisme qui avait jusque là façonné leur vision de l'unité africaine a volé en éclat. La Côte d'Ivoire est fortement perçue comme l'instrument docile de la France.

En ce qui concerne le Burkina, la méfiance reste de mise. Pour bon nombre des Maliens, il a toujours abrité des bases arrières de la rébellion touarègue. Dieu seul sait les sombres arrières pensées de son président Blaise Compraoré et ses desseins funestes pour le Mali. Peut-on être médiateur si l'on n'a pas de complicité avec les uns ou avec les autres ? L'opportunisme burkinabé est souvent considéré comme de la dupli-cité. Sa collusion avec la politique fran-çaise en Afrique ne fait guère de doute.

Si la non application immédiate des sanctions de la CEDEAO par le Sénégal a soulevé une certaine sympathie visà-vis de son nouveau président, les Maliens n'ont point compris pourquoi et comment un ministre français ait pu participer à un sommet de chefs d'Etat africains poussés à prendre des décisions fondamentalement injustes et dirigés contre des victimes innocentes.

Comment a-t-on pu se préoccuper du seul sort d'ATT et de ses complices et faire peu de cas de celui de tout un peuple ? Pourtant, la mauvaise gestion, la corruption, les détournements massifs des deniers publics, l'impunité, l'arrogance des auteurs de ces forfaits sont connus de tous. La démocratie est-elle impunité ? Pourquoi protéger des voleurs et leur permettre d'échapper ainsi à la justice de leur pays? Les populations veulent que rendent compte et soient punis ceux qui les ont pillées au nom de la démocratie.

Aujourd'hui le divorce entre le Mali et ses voisins est largement consommé. Le seul réconfort est venu de la retenue du Niger et des manifestations de soutien des populations. La prise de position ferme du Niger quant à la néces-sité d'une offensive militaire pour créer un rapport de force favorable sur le terrain susceptible d'obliger les rebelles à une négociation sans illusion, a été comme un baume sur les plaies béan-tes d'un peuple meurtri par la trahison de ses dirigeants et de la plupart de ses voisins immédiats. Cependant les marches de soutien, les nombreux témoi-gnages de soutien populaire à Bouaké, Ouagadougou, Niamey et Conakry et ailleurs ont été fortement appréciés. Une vérité a surgi dans la conscience collective des Maliens, celle d'une CEDEAO des dirigeants africains au service des intérêts français et étrangers contre leurs propres peuples.

La seconde déchirure profonde qui est apparue dans la conscience collective des populations maliennes est le rejet violent de sa classe politique au pouvoir depuis bientôt deux décennies pour certains. Sa promptitude à dénon-cer le coup d'Etat et son concert de dé-nonciations réclamant à cors et à cris le rétablissement rapide de l'ordre constitutionnel ancien qui consacrait sa domination, son appel musclé pour une intervention armée étrangère les ont ré-voltées. La guerre dans le nord du Mali, les populations brutalement jetées sur les routes de l'exil, les massacres, les viols et destructions de biens, le désar-roi de tout un peuple ne faisaient point partie des préoccupations des politiciens. Seul leur importaient leur avenir personnel, inquiets qu'ils sont de l'interruption brutale de leur festin par le coup d'Etat du 22 mars. Ils continuaient à ré-clamer coûte que coûte des élections alors qu'ils savaient pertinemment que le pays était déjà entré en guerre et que la préparation matérielle des élections était largement insuffisante et à dessein. Chacun d'eux était convaincu de l'emporter en raison des milliards volés au peuple avec lesquels ils comptaient acheter le vote de ceux qui étaient dis-posés à vendre leurs voix, les machines à tricher qu'ils avaient inventées et le concours des féticheurs et charlatans en tous genres qui avaient prédit leur victoire inévitable. Le pouvoir et sa jouissance absolue étaient à portée de main. Ils n'avaient jamais compris qu'il était déjà à terre et dans la rue.

Il fut soulevé par les semelles des soldats de Kati révoltés et écœurés, qui dans leur marche improvisée sur le palais de Koulouba, n'eurent même pas à se baisser pour le ramasser devant la fuite honteuse du Général ATT qui clamait partout connaître la guerre et qui dût fuir à travers rocailles et broussailles de la colline de Koulouba et se mettre honteusement sous protection étran-gère. Sa fuite nocturne à bord de l'avion présidentiel sénégalais fut saluée par une pluie d'injures, de crachats et de quolibets de la part de soldats écœurés par tant de félonie. Triste fin empreinte de lâcheté de la part d'un traitre usé et miné par ses propres roublardises. L'histoire le traitera sans complaisance aucune.

Pr Issa N'DIAYE, Enseignant Chercheur issandiaye_flash@yahoo.fr (Bamako Mali)









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