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jeudi 6 août 2009 - cferme -

Pour la refondation du football au Niger

   Les acteurs du football se sont retrouvés le 25 juillet en conclave aux fins d’élire le président de leur fédération. Même si l’élection a été consensuelle, l’événement est de taille tant l’attente et l’espoir placés aux futurs dirigeants du sport le plus populaire sont immenses, après les instabilités et dérives constatées dans le football nigérien depuis plusieurs décennies. Bref, une vraie rupture s’impose. Nonobstant, la tâche n’est pas insurmontable, si l’antienne de « l’imagination est au pouvoir et le pouvoir à l’imagination » est réellement mise en avant afin de concrétiser cette salutaire refondation du football que nous appelons tous de nos vÅ“ux. Cette contribution n’a certes pas l’ambition de traiter exhaustivement de maux qui frappent le football nigérien, mais elle tentera aussi de proposer modestement quelques pistes de ré-flexion et de débat.

C’est un truisme d’affirmer que le football nigérien va mal. Cette situation délicate est imputable aux pouvoirs publics qui ont eu et qui gèrent encore le ballon rond. Les carences constatées à tous les échelons des décisions et d’actions, avec son corollaire d’immobilisme et de manque d’audace induisent à souhait l’indigence du football national :

- un pouvoir ministériel, visiblement dépassé par manque de moyens financiers conséquents, à accomplir sa mission d’aiguillon et de service public ;

- une fédération de football, qui par manque de cohérence stratégique prône un football de masse au détriment d’un football d’élite, seule panacée pour affronter les autres équipes dans les joutes mondiales.

-L’Etat et les pouvoirs économiques (sponsors) qui rechignent peu ou prou à donner leur sébile devant l’atonie des initiateurs du football nigérien.

Vitrine d’un pays

Le football nigérien, depuis la création de sa fédération en 1961 et de son affiliation à la FIFA et à la CAF en 1964 n’a connu que de crises de croissance du fait du faible taux de la pratique de ce sport et l’informalisation et la désorganisation induisant la vacuité des résultats sur le plan continental et international.

Selon le classement de la FIFA établi en juillet 2009, le Niger ne se range qu’à la 136è place (sur les 203 pays affiliés), coincé entre des nations parfaitement inconnues du ballon rond que sont le Nicaragua (135è) et Hong Kong (137è). De même le classement sur le plan continental, guère reluisant à la 42e place sur 53 entre le Burundi et l’Erythrée, n’augure en rien d’un optimisme débordant. Il faut se replonger en novembre 1993 pour voir le Niger à une position appréciable de 68è nation du football mondial. Le palmarès de notre équipe nationale Mena est quasiment inexistant malgré 6 participations en phases préliminaires des coupes du monde (1966, 1978, 1982 1994, 2006, 2010) et en coupe d’Afrique (1970, 1972, 1976, 1984, 1992, 1994, 2000 et suivantes). Les seuls hauts faits d’arme restés dans l’imagerie populaire ne se résument qu’aux épopées de 1982 où le Mena de Moussa Kanfidéni, Adjovi, Atcha accomplirent l’exploit de battre l’Ethiopie sur les hauts plateaux d’Addis Abeba (1-2) et l’Algérie (1-0) dans la fournaise du stade municipal sur un déboulé de Maikano.

Le football en rassemblant plus d’un milliard de téléspectateurs lors des phases finales de coupe de monde est sans conteste le meilleur ambassadeur d’un pays. Le cas du Brésil, ou plus proche du Bénin, Burkina, Cameroun ou Togo, sortis du tréfonds du classement est là pour conforter du rôle de cette passerelle qu’est le football au service du rayonnement et de la promotion d’un pays dans le village-monde. Aujourd’hui, les professionnels de ces pays font les beaux jours des championnats d’Europe, d’Asie voire d’Afrique du Nord. Où en sont les nigériens ?

Le football de par son envergure planétaire remplace aujourd’hui avantageusement la diplomatie. Sans démagogie. Dans notre pays, où l’amateurisme et les errements ont force de loi dès le départ, les autorités politiques n’ont pas su utiliser ce formidable outil de promotion: n’a t-on pas vu, dans les années 80, des ministres dissoudre la fédération sur un coup de tête ? De tout cela, il est clair que le football nigérien a beaucoup souffert du manque de rupture du cordon ombilical entre la fédération et le ministère de tutelle. De plus, le football a pâti du manque manifeste de volonté politique ou de l’indifférence des dirigeants en misant plutôt sur les manifestations annuelles de lutte traditionnelle (pourtant discipline non-olympique), plus value politique im-médiate et sans risques. Ce n’est pas un hasard si le budget du ministère de la jeunesse, des sports et de la culture est le plus bas de tous les ministères de 1960 à nos jours.

Le football moderne (professionnel ou amateur) repose sur la triptyque qui allie une équipe fédérale avec une réelle vision, les infrastructures à travers des stades et terrains d’entraînement viables et les moyens financiers de fonctionnement importants. Malheureusement au Niger, les autorités fédérales n’ont jamais été à la hauteur de l’immensité de la tâche quelque soit leur degré de motivation et d’implication. Leur manque de cohérence stratégique ne résiste pas à la réalité nigérienne où tout est à construire. Les infrastructures sportives sont depuis longtemps obsolètes : faut-il rappeler que le Niger ne dispose que de deux stades de normes internationales (stade Kountché, 35000 places et municipal, 15000). Les autres stades de province (Zinder, Maradi 10000 places ou récemment Tillabéri) ne disposent guère d’éclairage et aléatoirement de pelouse digne de ce nom. Les équipes locales, malgré l’implication des bénévoles et de rares mécè-nes sont le plus souvent dans un état dé-plorable en termes d’équipements et de mobilité. Même les sélections nationales n’échappent pas à cette règle où le règne de l’improvisation et de moyens sont criants : là où les voisins burkinabè ou béninois (guère nantis que nous) consacrent 1 à 2 milliards pour les rendez-vous internationaux, le Mena ne se voit octroyer que quelques dizaines de millions. Voire…

Partant de ce constat, l’état de notre football est dans l’impasse, par manque de moyens, d’organisation et d’initiative. Il doit vivre ou disparaître. Pour redynamiser le ballon rond, quelques pistes en guise de propositions se doivent d’être explorées.

(A suivre) Aboubakar K. LALO
(France)

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