| jeudi 8 octobre 2009 |
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LA MIGRATION, UN FACTEUR DE DÉVELOPPEMENT HUMAIN
Le rapport 2009 sur l’indice de développement humain des Nations Unies diffusé le 5 octobre dernier traite de l’immigration. Il montre en quoi ce phénomène de société dont la forme clandestine est farouchement combattue par l’Occident ces dernières an-nées a un impact positif sur le développement humain durable.
C’est en somme un désaveu des politiques migratoires restrictives appliquées par les pays occidentaux vis-à -vis de l’Afrique. Il bouscule toutes les théories et stéréotypes construits autour du phénomène migratoire ces der-nières décennies avec la flambée de l’immigration clandestine. Les rédacteurs du rapport, qui ont analysé en profondeur la question de 1900 à nos jours, ont dégagé ces grandes lignes. D’abord la dominance de l’immigration interne. Sur le milliard de personnes qui migrent chaque année d’après le document, les trois quart le font en interne.
En Afrique il s’agit essentiellement d’une migration inter régionale, la destination Europe touchant seulement 1% des Africains contrairement à la propagande internationale tendant à amplifier le phénomène. Dans un entretien accordé à Jeune Afrique, l’analyste politique Pape Seck qui a participé aux recherches et à la rédaction du rapport, justifie le phénomène par «la recherche d’une meilleure vie».
«En Afrique, cela se traduit par exemple par la fuite devant les conflits armés, mais aussi face à la détérioration du climat et notamment la désertification. Les départs sont poussés par la recherche d’opportunités meilleures. En fait, le déclencheur de l’émigration n’est autre que la mauvaise répartition de ces opportunités à la surface du globe. Par exemple, au Ghana, un infirmier gagnera en une année l’équivalent de 2500 dollars américains. Alors qu’au Royaume-Uni il sera payé 30000 dollars ! De même, un infirmier pourra tripler son salaire en quittant le Malawi pour l’Afrique du Sud», argumente-t-il. Selon le rapport, l’immigration présente des aspects positifs pour le pays d’origine. A ce propos, Seck pense, contrairement à l’idée répandue, que les migrants contribuent grandement à l’activité d’un pays, se fondant sur les résultats de l’enquête effectuée dans le cadre de l’élaboration du rapport.
«L’enquête a révélé une amélioration du taux d’investissement des entreprises en corrélation avec l’immigration. D’autre part, les migrants les moins qualifiés, qui ont un faible impact sur les finances publiques, occupent des postes différents de ceux des locaux. C’est le cas par exemple dans la migration saisonnière, à l’occasion de la cueillette du raisin en Californie. Ces migrants ont un apport positif, puisqu’ils font un travail que les Californiens n’auraient pas fait. Par ailleurs, un autre gain pour les pays de destination réside dans l’échange culturel indéniable», estime-t-il. Pour l’analyste politique, la migration améliore la vie de millions de personnes à travers le monde. Mais elle est complexe, et dépend de beaucoup de facteurs qui en affectent le résultat. La liberté des migrants est souvent très limitée.
Devant ces constats, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a proposé une série d’axes de réforme afin que les pays de départ comme ceux d’arrivée bénéficient pleinement des retombées de la migration. L’institution a notamment recommandé d’ouvrir et mieux les canaux d’entrée existants surtout pour les populations les moins qualifiées.
Il a aussi demandé de mettre en place des politiques respectant les droits fondamentaux des migrants, qui passent par l’application des six traités internationaux sur les droits humains ratifiés par 133 pays au monde. Il s’agit aussi de réduire les coûts de transaction, en simplifiant l’accès aux documents officiels (visas, passeports, livrets de familles et actes de naissance) et l’accès aux informations. Selon Pape Seck, la migration joue un rôle important dans le développement, mais ne doit pas constituer en soi une politique de développement ou compenser les retards de développement d’un pays.
«Plus largement, un des piliers de ces réformes consiste à encourager la régularisation des situations de certains migrants, installés depuis longtemps dans un pays et qui en respectent les lois et le fonctionnement. Et bien sûr, il faut garder à l’esprit que la migration irrégulière suscite les débats, mais ne constitue qu’une infime partie des déplacements», conclut-il.
O. Issa
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