| vendredi 15 mai 2009 |
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RÉFÉRENDUM CONSTITUTIONNEL Une présidence à vie s'annonce !
Connaissez-vous Mamane, l'humoriste nigérien bien apprécié des auditeurs de RFI et sa très très démocratique République du Gondwana ? Certainement oui. En début de cette semaine, dans sa chronique quotidienne sur RFI, il a abordé le lien possible entre démocratie et football. Croyez-nous, c'est sérieux. Lisez ce qu'il a dit : " Moi, je l'ai dit à tous mes collègues-là, la démocratie c'est comme le football. quand tu acceptes de jouer un match de football, " tchoko-tchoko ", il y a deux mi-temps de 45 minutes, il y a les corners, les coups francs, les penalties, l'arbitre et tout çà. Si tu modifies un truc dedans, comme disent les ivoiriens, ce n'est plus ballon. Faut appeler çà autre chose ".
La très très démocratique République du Gondwana peut bien être le Niger sous Tandja II. Le président fondateur a tous les comportements du président Mamadou Tandja, qui a décrété que personne d'autre que lui n'est capable de diriger le pays. Que tous doivent s'effacer devant lui. Il a décidé qu'aucun autre de ses compatriotes ne peut assumer les charges suprêmes de l'Etat.
Le référendum qu'il a fait annoncer par le ministre de la communication, jeudi dernier, n'a pas été endossé par le gouvernement encore moins le MNSD Nassara, son parti d'origine. Ce parti est hors course dans la réflexion ou la mobilisation en faveur de l'adoption de la nouvelle Constitution de type présidentialiste et autoritariste, pour amener les Nigériens à sauter pieds joints sur la 6è République. Tandja ne veut certainement pas être redevable des partis, et sa nouvelle République ne sera pas celle des appareils des partis. C'est pourquoi, les meetings de mobilisation, comme celui de Niamey du dimanche 10 mai dernier, sont convoqués et animés par des individus sans aucune étoffe. Ce d'autant que le chef de l'Etat est déterminé à aller jusqu'au bout envers et contre tout, y compris les intérêts supérieurs de la nation.
Pourtant, on peut se rappeler d'un passé récent où le président Tandja, alors président en exercice de la conférence des chefs d'Etat et de gouvernement de la communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (Cedeao), a joué à fond le défenseur du respect de la Constitution au Togo. On se rappelle qu'au lendemain de la mort du général Gnassingbé Eyadéma, son fils Faure est porté au pouvoir par l'aristocratie militaire et les barons civils du Rassemblement du peuple togolais (RPT). Le jeune Faure s'y installe comme si le pouvoir se transmet de père en fils. Il y eut une telle levée de boucliers que la Cedeao a cru bon de s'intéresser à ce dossier. Car il faut faire respecter l'ordre constitutionnel. Au Togo comme un peu partout ailleurs, en cas de décès du chef de l'Etat, l'intérim de la présidence est assuré par le président de l'Assemblée nationale. C'est cela que dit la Constitution togolaise. Tandja, alors conseillé par la ministre des Affaires étrangères, Aïchatou Mindaoudou, juriste de formation, a défendu l'ordre constitutionnel. La ligne de défense était de dire que le pouvoir n'est pas héréditaire, et que des mécanismes constitutionnels d'accès au pouvoir existent, des modes de dévolution du pouvoir sont définis. On s'étonne que ce soit le même Tandja, qui lorsqu'il s'agit de son cas, fait mine de ne rien comprendre et de considérer que la Constitution c'est du papier, comme l'a dit le colonel Kadhafi. On s'étonne qu'il accepte de se faire manipuler par ses proches qui veulent faire prospérer leurs affaires. De nouveau, Mindaoudou doit le conseiller avec les mêmes arguments de droit que dans le cas du Togo, pour lui dire que le cheval qu'il veut enfourcher est un cheval fougueux qui est en mesure de jeter le cavalier dans le gouffre.
Concerts de protestations
A l'annonce de la décision du chef de l'Etat d'organiser un référendum qui lui accordera, à terme, une nouvelle mandature voire une présidence à vie, des réactions de protestation, d'indignation et de rejet contre la nouvelle Constitution ont commencé à fuser. Les organisations de la société civile, présentes en permanence sur le terrain de la lutte contre la mauvaise gouvernance, ont donné de la voix. Centrales syndicales comme l'union des syndicats des travailleurs du Niger (USTN), associations de défense des droits de l'Homme, de la promotion de la démocratie et du civisme ont dénoncé ce " coup de force " contre la démocratie, et appelé à une mobilisation de tous les instants pour contrer les velléités monarchiques du président Tandja.
Le 1er mai, à l'occasion de la fête du travail, pratiquement toutes les Centrales syndicales ont appelé à la tenue d'élections libres et démocratiques cette année, et au respect des normes de la bonne gouvernance.
Les partis politiques, de l'opposition et de la majorité, commencent à relever la tête. Déjà le parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS Tarayya) a organisé un meeting le samedi 9 mai dernier, à Niamey (voir encadré). Conformément à la Constitution, des députés de l'opposition ont adressé, le 11 mai dernier, une requête à la Cour constitutionnelle aux fins de la voir se prononcer sur la tenue du référendum annoncé par le président Tandja.
Pour sa part, l'alliance nigérienne pour la démocratie et le progrès (ANDP Zaman Lahiya), membre de la coalition au pouvoir, s'est démarquée de l'entreprise présidentielle tout en se gardant de quitter le gouvernement. Avant elle, le parti UDSN Talaka, un parti de gauche membre de l'alliance au pouvoir, a dit ne pas accepter le projet Tazartché. Dans les jours à venir, la Convention démocratique et sociale (CDS Rahama), le deuxième parti de la majorité, fera connaître sa position. Tout porte à croire, indique une source proche du parti, que le CDS fera valoir les principes de démocratie, ce qui ne lui permettra pas de cautionner l'entreprise Tazartché. Un comité de rédaction de la déclaration est à pied d'oeuvre.
La semaine prochaine, le conseil national de dialogue politique (CNDP) se réunira pour discuter du chronogramme électoral. Ce pourrait être l'occasion de passe d'armes entre partisans et adversaires du référendum. Ce qui risque de déboucher sur la fragmentation de ce cadre. Le référendum constitutionnel a ceci de singulier : il mettra entre parenthèses le chronogramme, et pèsera de grosses incertitudes sur la tenue des différents scrutins cette année.
Et les députés ? Tandja fait peser une épée de Damoclès sur eux. Son "arme de chantage" contre les députés, c'est l'arrêt de la Cour constitutionnelle du 13 juin 2008 jugeant illégales les délibérations sur la base desquelles les élus du peuple se sont octroyés des avantages financiers faramineux comme le dénoncent les acteurs de la société civile. C'est pourquoi, dans l'opinion, on n'exclut même pas l'éventualité de la dissolution de l'Assemblée nationale si les députés refusent de rembourser les avantages perçus entre juin et décembre 2008. Le gouvernement a déjà exigé ledit remboursement.
Oumarou Keïta Non au référendum, oui pour les élections en 2009
" Touche pas à ma Constitution ", peut-on lire sur des tee-shirts portés par des jeunes. " Tazartché ne passera pas ", annoncent des banderoles fixées ici et là. Ce sont là quelques messages forts que les manifestants ont diffusés lors du meeting organisé par le parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS Tarayya), le samedi 9 mai dernier, à la Place de la concertation, à Niamey.
Ils étaient plusieurs milliers de manifestants à prendre part au meeting pour exprimer leur rejet du référendum annoncé par le président de la République en vue de l'avènement de la 6è République avec une Constitution de type présidentiel. Au-delà des militants de l'opposition, on a enregistré la participation à ce meeting de simples citoyens, des acteurs de la société civile qui refusent la domestication de la démocratie, mais aussi des partisans de l'ex Premier ministre Hama Amadou. Prenant la mesure de leur nombre à ce meeting, le président du PNDS, Mahamadou Issoufou, au cours d'un bain de foule, n'a pas manqué de faire à la fois le signe de son parti, en levant le poing fermé et celui du MNSD Nassara, en soulevant l'index de sa main. Ce premier test de mobilisation a été une réussite. Par leur mobilisation, les manifestants ont voulu indiquer leur rejet sans concession de l'avènement d'une nouvelle Constitution qui permettrait au président Tandja, actuellement en fin de mandat, de briguer un autre. Dans son adresse aux milliers de manifestants, Mahamadou Issoufou a indiqué que " le Tazartché n'est ni motivé par les chantiers ni par le patriotisme. C'est une escroquerie politique soutenue à coup de propagande pour berner les Nigériens …La propagande du Tazartché nous présente le Niger comme un paradis terrestre où coulent le lait et le miel. Elle nous parle de ces Nigériens qui supplient le président de la République de continuer à les diriger avec sa paternaliste bienveillance". Il a annoncé un grand " chantier ", qui consistera en la création d'un vaste front anti Tazartché qui rassemblera organisations de la société civile et partis politiques pour contrer les " ambitions monarchiques du président de la République ".
O.K
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