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jeudi 25 juin 2009 - cferme -

Dias fête ses 20 ans de musique reggae
   Il y a beaucoup de nigériens qui ne le savent pas. En particulier, la jeune génération des artistes musiciens. Et pourtant, l’artiste peintre musicien Diassibo Tchiombiano, plus connu sous le nom de Dias, comme l’appellent affectueusement ses fans, est le premier chanteur nigé-rien à sortir une cassette de musique reggae. C’était dans les années 1986, à l’époque où la musique reggae était à la mode, avec des vedettes comme Jimmy Cliff, Burning Spear, Bob Marley, pour ne citer que ceux là. « Les gens sont plutôt habitués à me voir sur des scènes de musique traditionnelle. Alors ils ont du mal à faire le rapprochement entre cette période là et aujourd’hui. Pourtant j’ai bel et bien commencé ma carrière avec la musique reggae », lance t-il. « Pour moi, le reggae est une musique de revendication mais aussi une musique de lamentation. Pour moi, c’est un moyen pour exprimer les souffrances des plus faibles, des défavori-sés, des personnes vulnérables, des masses populaires, ceux là qui ne disposent d’aucun moyen de défense et qui n’ont personne pour les défendre », précise Dias.

S’inspirant des icônes de l’époque, Dias ne s’est pas contenté de les répéter et de les interpréter comme aimaient à le faire beaucoup de chanteurs africains de sa génération qui mesurent le talent à l’aune de leur capacité à reprendre les tubes de leurs idoles, à marcher et à s’habiller comme eux. Si cette étape est nécessaire, voire obligatoire, elle ne constitue cependant qu’une étape dans la dé-marche et la carrière de l’artiste qui veut se forger une identité propre, un style.

« Je me suis mis à la tâche. Je travaillais avec acharnement pour me frayer mon chemin, mon propre style. C’est ainsi que j’ai créé le Liptaako-Reggae. C’est le reggae avec des racines très africaines mais qui embrassent la musique Roots jamaïcaine. Je travaillais ce style en me disant que quand le Roots jamaïcain et les racines africaines se rencontrent, cela donne un baobab qui ne tombera jamais. C’est pourquoi j’ai l’habitude de dire que le Liptaako-Reggae c’est le reggae qu’on ne peut pas terrasser », explique t-il.

La célébration de ses 20 ans de musique se fera le samedi 27 juin prochain avec un concert au Centre culturel franco nigérien Jean Rouch de Niamey. Un album phare est au rendez-vous, « Kalabada », qui signifie en zarma, on n’y peut rien contre. « Cet album est le résumé de toute ma carrière musicale qui se situe aux frontières entre le reggae et la musique traditionnelle. C’est l’occasion pour moi de faire une sorte de bilan, voir ce que j’ai réellement apporté à la musique et ce que je peux laisser à la nouvelle génération montante », affirme l’artiste chanteur. Pour ce faire, il a fait venir des musiciens et des techniciens du Burkina Faso et du Congo. Ce n’est pas tout. Ce concert sera aussi l’occasion, pour lui, de rendre hommage à la démocratie et à Adamou Moumouni Djermakoye, un de ses pères spirituels, tombé justement sur le front de la lutte pour la défense de la démocratie, le 14 juin dernier. « A l’épo-que du régime d’exception déjà, nous écrivions et chantions pour dire les souffrances du peuple, pour exiger plus de liberté, pour appeler à l’unité de l’Afrique. Aujourd’hui, 20 ans après, il est regrettable de constater que le Niger traverse des tribulations : le chômage, la famine, les frustrations de tous ordres et le retour d’une dictature rampante. Il ne faut pas qu’on nous ramène à la case départ », déplore t-il, avant de dire, la mort dans l’âme que ce concert est son dernier concert de musique reggae.

Ce qui ne signifie nullement la fin de sa carrière de musicien, car il compte s’engager résolument dans le nouveau style de musique traditionnelle, qu’il a créé et qu’il affectionne tant : « Pour moi, le reg-gae est d’abord et avant tout une musique de spiritualité. Mais aujourd’hui, force est de reconnaître que cette musique est de plus en plus dénaturée et détournée de son sens et de son essence. Je vais continuer cependant à chanter et à faire des concerts parce que la scène c’est mon paradis. Et si je devais mourir un jour, je souhaiterai mourir sur scène comme Djermakoye est tombé en défendant la démocratie », confie t-il.
Gorel Harouna

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