AIR SÉNÉGAL INTERNATIONAL Parviendra-t-on à éviter le crash ?
30/04/2009 15:45:55 - Publi� par webmasters@Republicain-Niger.com  

Lorsque je prenais le vol Air Sénégal International le lundi 21 avril 2009 pour me rendre à Dakar, j’étais loin de m’imaginer le sort qui nous attendait. Le voyage s’est déroulé le plus normalement du monde, avec le sourire rassurant des hôtesses et du personnel. Arrivé à destination, je pris soin de confirmer mon retour par la même compagnie pour le 27 avril.

Trois jours plus tard, quelle ne fut ma surprise d’apprendre que tous les vols Air Sénégal sont annulés à compter du vendredi 24 avril, le jour où prenait fin mon stage. Mon embarras était d’autant grand que j’avais un billet non remboursable. Je courus alors à l’aéroport Léopold Sedar Senghor pour y voir clair. Sur place, je trouve une foule surchauffée dans les locaux d’Air Sénégal. Je me fraye difficilement un chemin pour accéder au comptoir où se tenaient un homme et une femme visiblement désespérés. Je leur explique ma situation et leur demande ce qui est prévu. «Nous ne pouvons rien vous dire Monsieur. Tout ce que nous savons, c’est que nos vols sont annulés», répondit l’homme. « Mais qu’allons nous faire ? Avez-vous prévu un autre moyen pour nous faire voyager ? », Demandai-je. «Je n’en sais rien ! Patientez jusqu’à lundi. Le ministre des Transports a promis de trouver une solution. C’est tout ce que je peux vous dire», rétorque-t-il. Je me retourne vers les autres passagers. Mais personne ne voulait dire mot. La déception et la co-lère se lisaient sur tous les visages. Ils sont assis à même le sol pour certains, sur les marches des escaliers pour d’autres. Avec familles et bagages.

Sur place, j’apprends que le problème est lié au bras de fer entre La Royal Air Maroc (RAM) et l’Etat du Sénégal. Le mariage entre la RAM et Air Sénégal remonte à l’année 2000, suite à la signature d’une convention de partenariat entre les deux parties. La Ram détient 51% contre 49% pour l’Etat du Sénégal. Ce qui, au fil des ans a fait d’Air Sénégal une des plus grandes compagnies de transport aérien.

Elle dessert plusieurs pays d’Afrique et la France, avec trois vols par semaine. Jusqu’au jour où l’Etat du Sénégal décide de rompre le partenariat pour confier la gestion d’Air Sénégal à un autre repreneur, accusant la RAM de mauvaise gestion. Il y eut des tractations et les deux parties s’accordent à nouveau non sans passer par les tribunaux. L’idylle continue même si les vols passent de trois à un seul par semaine.

Jusqu’à ce 24 avril où l’Etat du Sénégal tape à nouveau du point sur la table en menaçant à nouveau de retirer la gestion de la compagnie à la RAM. Il exige sans délai un dépôt de bilan tandis que la RAM bloque et saisit tous les comptes de Air Séné-gal. Les vols sont annulés et les passagers abandonnés à leur sort.

Après moult protestations des travailleurs de la compagnie et des syndicats du secteur, les deux parties ont convenu d’une réunion qui devait se tenir hier mercredi à l’hôtel Le Méridien, à Dakar. «Pour l’heure, nous ne savons pas ce qui va ressortir de cette réunion. Nous espé-rons seulement qu’ils vont finir par s’entendre, sinon c’est le chômage pour nous aussi», explique une jeune dame, employée de Air Sénégal, sous le couvert de l’anonymat.

En attendant, la RAM accepte d’acheminer les passagers, mais au compte goutte selon la disponibilité des places et le lieu de destination. «Nous avons trouvé une place pour vous à la RAM. Mais ce sera seulement pour le mardi 28 avril à 6h30. Vous arrivez à Casablanca à 9h45 mn pour quitter à 21 h 45 sur Niamey. Si ça ne vous convient pas, vous pouvez attendre les décisions de la réunion du mercredi 29. « J’accepte », répondis-je sans hésitation. Arrivé à Casablanca, les services aéroportuaires, après examen de mes papiers me dirigent au service hébergement de la RAM. «Voyez-vous, la RAM a fait tout son possible pour
préserver notre partenariat avec Air Sénégal. On a même proposé une feuille de route pour régler tous les problèmes de la compagnie. Mais il y a une résistance inexplicable des autorités sénégalaises. Nous espé-rons qu’ils vont revenir à la raison dans l’intérêt des deux états et du personnel », indique l’agent, sous le couvert de l’anonymat. Créé par le gouvernement sénégalais et la RAM pour combler le vide apparu avec la disparition d’Air Afrique, Air Sénégal International est aujourd’hui con-fronté à un grave problème de gestion. La situation de la compagnie qui n’arrivait plus à honorer correctement ses engagements du fait de l’ambition démesurée de ses responsables s’est compliquée avec la flambée du prix du carburant, indique-t-on. Au lieu de se contenter de desservir convenablement le continent, Air Séné-gal dont la flotte était limitée a pris l’option de concurrencer certaines grosses compagnies, en initiant des longs courriers. Inévitablement, l’atterrissage ne pouvait qu’être fatale. Aujourd’hui, on apprend que ses comptes qui avaient été mis sous scellés étaient au rouge. La RAM ne veut plus continuer dans un partenariat suicidaire. Le Maroc se proposerait même de céder son capital qui est de 51% à un franc symbolique.


Gorel Harouna, depuis Dakar

 


  � http://www.PlaneteAfrique.com